Diagnostiquer le parcours politique d’Ousmane Sonko, c’est, comme qui dirait, parler des deux faces d’une même pièce. Il y a deux Sonko : l’opposant et l’homme qui est aux manettes. Le premier, était une sorte de messie qui a bouleversé tout le paysage politique sénégalais. Il faut le dire, jamais dans l’histoire de ce pays, un homme n’a réussi, à lui seul, à faire vaciller tout l’appareil d’État. Mais ceci ne s’est pas fait ex-nihilo. Plusieurs facteurs l’expliquent. Il y avait d’abord un contexte socio-économique très dur pour les sénégalais (vie chère, vide politique, Covid etc), une justice qui sentait le soufre (avec les affaires Karim Wade/Khalifa Sall, la surprotection des partisans ou des transhumants) et une faute politique commise par Macky Sall en voulant « réduire à sa plus simple expression » le PASTEF c’est-à-dire le seul parti politique encore débout dans l’opposition (en dépit des avertissements de son ancien PM Amadou Ba). C’est ce cocktail qui a fini par faire de Sonko un « homme providentiel ». Et lorsque l’affaire Adji Sarr éclata en Mars 2021, ce fut la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Sa posture victimaire avait touché l’ensemble des esprits « révolutionnaires » et épris de justice. Voilà comment est né l’opposant politique le plus populaire de l’histoire du Sénégal.
En d’autres termes, ce n’est ni son parcours intellectuel, ni son origine sociale encore moins sa condition financière ou le « projet » qui explique ce phénomène politique. Il est vrai, en tant qu’opposant, l’homme s’est toujours montré intraitable avec le régime de Macky Sall (pendant que les autres tournaient autour du pot). Non seulement il dénonçait vigoureusement et faisait des promesses, mais sur le plan professionnel, il semblait être irréprochable (pas trop de casseroles le concernant).
Toutefois, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il y a contraste entre l’opposant et l’homme au pouvoir. Le second a cessé d’être un messie, pratiquement, au lendemain des élections législatives. L’opposant qui a fait rêver tout le pays est en train de devenir un cauchemar. Après avoir eu toutes les cartes en main, le miracle ne s’est pas produit. Au lieu de se concentrer sur les vrais problèmes du pays, il continue de s’accrocher à son passé de victime (en accusant encore et toujours le défunt régime de Macky Sall). Certes, l’héritage de Sall n’est pas si reluisant mais, après tout, c’est pour ça qu’on a élu « l’homme de la solution ». On ne demande pas un bilan, on veut une solution. Les sénégalais ont faim, ils sont fatigués et ils ont la peur au ventre toutes les fois que le ciel ouvre ses vannes. Pendant ce temps, l’actuel régime est encore dans des effets d’annonce. Un jour, on nous propose un plan A, le lendemain un plan B. Il suffit. Jusqu’à quand va-t-on continuer à supporter cette farce grotesque ? Tantôt on nous divertit avec une histoire de « manque d’autorité au sommet de l’État », tantôt on accuse le FMI et la Banque mondiale de faire preuve de duplicité. Il est temps de se réveiller. Le Sénégal recule sur le plan diplomatique, il recule sur le plan économique et pire encore, il est vulnérable face aux catastrophes naturelles (inondations, changement climatique,avancée de la mer et j’en passe).
Après dix-huit mois de pouvoir, on ne doit plus continuer à tâtonner ou à réfléchir sur des plans. Le Sénégal fait partie des États les plus organisés en Afrique. Il a les ressources humaines nécessaires pour avancer positivement. Ce n’est pas en bâillonnant la presse ou en condamnant les voix dissidentes qu’on va régler les choses. Bien au contraire. La démocratie n’a jamais été un frein au développement. Elle est une solution (si ce n’est la solution) pour profiter de toutes les énergies positives de la nation. Vouloir s’inspirer des modèles autocratiques ou évoluer de façon autarcique serait une grave erreur. Et tout parti politique qui prétend détenir seul les clés du changement, au point de rêver d’un parti-État, se trompelourdement. In finish, ce n’est ni un homme ni un parti qui a la solution mais c’est le génie du peuple sénégalais.
Dr Malao Kanté
Philosophe/Sociologue
Enseignant-chercheur au Département de Philosophie (UCAD)
kantemalao@gmail.com








