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Présidentielle Mars 2024 : Idrissa Seck, le candidat qui se présente comme le « plus expérimenté »

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Parmi les 19 candidats à la présidentielle Sénégalaise, l’ancien président du Conseil Economique, Social et Environnemental veut se positionner comme celui qui a le plus d’expérience pour diriger le pays.

Au Sénégal, c’est désormais comme une course contre la montre, dans une campagne électorale qui va durer 12 jours au lieu de 21 comme à la coutumée. pour

A quelques jours de l’élection présidentielle du 24 mars, les 19 candidats en lice multiplient des opérations de charme sur l’ensemble du territoire national.

Parmi eux, l’ancien Premier ministre sous Abdoulaye Wade, Idrissa Seck qui, pour la quatrième fois consécutive, sollicite le suffrage des Sénégalais.

Candidat malheureux à la dernière présidentielle en 2019, où il est arrivé deuxième selon des résultats qu’il a contestés, cet ancien maire de Thiès (70 kilomètres à l’Est de Dakar) s’est lancé dans cette campagne avec conviction, présentant aux Sénégalais le bilan de ses actions lorsqu’il avait occupé des postes importants dans le pays.

Selon son équipe de campagne, c’est à raison que le peuple sénégalais doit placer sa confiance en ce candidat qui est déjà un homme d’Etat avec toute l’expérience qu’il a dans la gestion et la conduite des affaires de la cité.

« Avec Idrissa Seck, les Sénégalais sont sûrs d’avoir un président compétent, expérimenté, rigoureux et capable de restaurer l’autorité de l’Etat. Il sera capable de garantir la sécurité et mettra l’intérêt vital national au-dessus de tout », confie à BBC Afrique Matar Seye, Coordonnateur du pôle programme du directoire de campagne de la coalition Idy 2024.

L’homme qui rêve de faire du Sénégal une « démocratie majeure » n’imagine pas une élection présidentielle sans lui. « Est-ce que vous imaginez une élection ici, au Sénégal, sans Idrissa Seck vivant et bien portant ? », interrogeait-il le 14 avril 2023 lors d’une conférence de presse dans son fief à Thiès.

Il se positionne aujourd’hui comme le « candidat le plus expérimenté », après avoir participé aux trois précédentes élections présidentielles.

Qui est Idrissa Seck, ce candidat le « plus expérimenté » ?

Né à Thiès, Idrissa Seck, 64 ans, veut briguer la magistrature suprême et donner une autre image au Sénégal. Il se dit le chantre de la bonne gouvernance et de la démocratie avec des institutions solides qu’il entend instaurer.

L’homme a été révélé aux Sénégalais lors de la présidentielle de 1988 en tant que directeur de campagne de Maître Abdoulaye Wade. Il a pendant longtemps travaillé dans l’ombre du président Wade, avant de connaître une rupture avec ce dernier en 2004.

Il a été ministre, ministre d’Etat, Premier ministre et aujourd’hui candidat pour succéder au président Macky Sall qui a bouclé ses deux mandats à la tête du Sénégal.

Parcours politique de l’homme

Idrissa Seck et Abdoulaye Wade

CRÉDIT PHOTO,GETTY IMAGES Légende image, Une photo prise le 22 janvier 2007 montre le président sénégalais Abdoulaye Wade (à gauche) serrant la main de son ancien Premier ministre Idrissa Seck (à droite)

Longtemps deuxième personnalité du Parti Démocratique Sénégalais (PDS) d’Abdoulaye Wade, Idrissa Seck a été ministre du Commerce dans le gouvernement d’union nationale en 1995, puis ministre d’État, Directeur de Cabinet du président puis Premier ministre en novembre 2002, pendant le deuxième mandat de son mentor.

Selon ses proches, le taux de croissance du Sénégal a été le plus élevé (6,68% en 2003 et 5,87% en 2004) lorsqu’il était à la Primature.

Mais il est finalement limogé par « son père » (Abdoulaye Wade) avec qui il n’était plus en odeur de sainteté, parce que ce dernier le soupçonnait de vouloir lui succéder par un coup d’Etat. Il a même été accusé de détournement de fonds publics.

La prison

La disgrâce ne s’arrête pas au limogeage. Le maire de Thiès a été alors accusé d’avoir détourné 44 milliards de FCFA dans une affaire dénommée « chantiers de Thiès ». Il a donc été arrêté et mis en prison en juillet 2005.

La majorité parlementaire a alors voté sa mise en accusation devant la Cour de justice pour détournement, corruption, faux et usage de faux, atteinte à la défense nationale et à la sûreté de l’Etat. Après 6 mois de prison, il est libéré après avoir bénéficié d’un non-lieu.

Ce sont les moments sombres de sa vie et sa carrière politique comme il aime lui-même à le répéter lorsque l’occasion lui est offerte.

Ces moments sombres, perçus par les Sénégalais comme une injustice et un arbitraire à son égard, lui ont attiré la sympathie de beaucoup.

Trois participations à l’élection présidentielle

Fort de ce soutien du peuple, il fonde le parti Rewmi et se présente à la présidentielle de 2007 face à son ancien mentor, Abdoulaye Wade qui a été réélu pour un second mandat. Idrissa Seck était arrivé deuxième avec un score de 14,86% des voix.

Il retente sa chance en 2012, mais est revenu avec un mauvais score, 7% et classé 5e lors du premier tour, loin derrière Macky Sall, élu président de la République.

Son ambition de devenir président de la République n’a aucunement diminué. Il se représente en 2019 face Macky Sall qui cherchait un second mandat.

Idrissa Seck arrive deuxième lors de cette élection, mais rejette les résultats publiés par la Commission nationale de recensement des votes (CNRV). « Nous rejetons fermement et sans aucune réserve ce résultat », avait déclaré le candidat de la coalition Idy après la proclamation des résultats.

Il renonce toutefois à faire un recours devant le Conseil constitutionnel. Les résultats provisoires donnent pour vainqueur le président sortant, Macky Sall avec 58,27% des votes au premier tour.

La rivalité entre Seck et Macky Sall est connue depuis que ce dernier l’a remplacé à la Primature lorsqu’il a été limogé par le président Wade. Mais l’opposant a fini par rejoindre le régime Sall.

Ralliement à la majorité présidentielle

Le président Macky Sall avec son ancien allié Idrissa Seck (à gauche)

CRÉDIT PHOTO,GETTY IMAGES Légende image, Le président Macky Sall avec son ancien allié Idrissa Seck (à gauche)

Idrissa Seck, l’opposant au régime de Macky Sall a mis de l’eau dans son vin, comme l’affirmaient ceux qui sont encore un peu tolérant envers lui. Il a rallié la majorité présidentielle en 2020, ce qui lui fait bénéficier le poste de président du Conseil économique, social et environnemental (CESE), la quatrième institution du pays. Avec ce ralliement, le fondateur de Rewmi était devenu discret, presque effacé de la scène politique.

Nombreux étaient les Sénégalais qui avaient critiqué ce ralliement au point que d’autres le prenaient pour une trahison. Mais il a justifié ce choix par la crise née du Covid-19.

« Face aux défis qui attendent notre pays, nous avons décidé de répondre positivement à l’appel du Chef de l’État », avait-il déclaré face aux critiques lors d’un point de presse.

Sa nomination était vue par certains comme une préparation à la succession de Macky Sall à qui il a appelé à voter lors du deuxième tour en 2019.

Rupture d’avec Macky Sall

Le candidat de Rewmi a pendant longtemps entretenu le suspense avant de décider d’annoncer ouvertement qu’il sera dans course pour la présidentielle de 2024. Même aux côtés de Macky Sall, il avait invité ce dernier à renoncer au troisième mandat en des termes propres à lui.

«Continuez d’apaiser votre cœur et de fortifier votre esprit pour que les futurs choix que vous aurez à faire puissent vous valoir un parachèvement de votre parcours déjà beau et exceptionnel», avait-il déclaré lors d’un conseil présidentiel délocalisé à Thiès en février 2023.

Cette sortie avait fait penser aux Sénégalais la fin de la lune de miel entre Idy et Macky Sall. Mais les choses ne vont s’éclaircir qu’en avril 2023 lorsque Idrissa Seck a quitté la présidence du Conseil économique, social et environnemental (CESE) et annoncé plus tard sa candidature pour la présidentielle qui se tient ce dimanche 24 mars 2024.

Pour lui, il n’est pas question de se ranger sous la bannière présidentielle. Cette position a donc marqué la rupture entre lui et le régime. Ceux qui pensaient qu’il sera le candidat de la coalition présidentielle se sont rendus compte que la compagnie avec Sall est terminée.

Cette cohabitation avec le régime de Macky Sall, selon de nombreux observateurs de la scène politique sénégalaise, a entaché la sympathie que lui témoignait le peuple. Mais Idrissa Seck lui-même ne s’en inquiète guère, puisqu’il a promis qu’au cours de la campagne, il rencontrera les populations pour « lever cette incompréhension » et leur proposer les grandes ambitions qu’il a pour le pays.

Et selon ses lieutenants, notamment son Secrétaire général, l’homme a tous les atouts pour que les Sénégalais soient fiers de lui.

« Idrissa Seck a été le premier et le plus jeune directeur de campagne d’une élection présidentielle à l’âge de 29 ans. Idrissa est à l’origine de la première alternance démocratique au Sénégal.

Idrissa Seck est le Premier ministre qui a eu le taux de croissance le plus élevé du Sénégal. Idrissa Seck est le maire qui a le plus modernisé sa ville en huit mois », déclare son Coordonnateur du pôle programme du directoire de campagne, Matar Seye à BBC Afrique.

Les ambitions de Monsieur Seck pour le Sénégal

Idrissa Seck veut changer le visage du Sénégal

CRÉDIT PHOTO,GETTY IMAGES Légende image, Idrissa Seck veut changer le visage du Sénégal

Après avoir travaillé sous l’ombre d’autres présidents de la République, il compte désormais dérouler ses propres ambitions en faisant de son pays une démocratie « où le pouvoir se transmet par intervalles réguliers n’excédant pas 10 ans ».

« Les territoires, le capital humain et l’économie » sont les trois grands axes du programme du candidat Idrissa Seck. Pour ce faire, il compte signer un « PACTE » avec le peuple sénégalais qui a longtemps souffert aux mains de l’actuel régime.

Matar Seye, le directeur de campagne décortique ce PACTE, avec le « P » qui représente la paix et la sécurité que le président Seck garantira aux Sénégalais, le « A » qui fait allusion à l’autorité dont il incarnera et qu’il renforcera grâce à des institutions fortes et solides dans le pays, le « C » pour la compétence et la compassion qui seront les attributs du capital humain, le « T » pour le travail qui propulsera le Sénégal sur le toit des nations modernes et le « E » qui sera l’espoir que sa politique économique va redonner au peuple sénégalais.

Idrissa Seck énonce 281 mesures pour redorer l’image de son pays. Dans ces mesures, le candidat consacre 60% des investissements publics aux territoires qui sont en dehors de Dakar.

Il veut renégocier les accords de pêche avec la Mauritanie, la Gambie, la Guinée, la Guinée-Bissau, la Sierra Leone. Seck compte également rendre obligatoire le service militaire.

L’ancien maire de Thiès est également un partisan d’une monnaie commune aux pays de l’Afrique de l’Ouest. C’est pourquoi lorsqu’il briguera la magistrature suprême, il travaillera pour l’accélération du processus devant aboutir à cela.

C’est avec ce programme ambitieux, détaillé dans un livre qu’il a conçu pour l’occasion, que le candidat de Rewmi sillonne le Sénégal pour demander à ses compatriotes de ne « pas confier le Sénégal à un stagiaire », mais un homme expérimenté qui n’est autre que lui-même.

Eviter le chaos au Sénégal

Idrissa Seck saluant ses partisans

CRÉDIT PHOTO,GETTY IMAGESL égende image, L’ancien premier ministre sénégalais Idrissa Seck, debout dans sa voiture, salue des sympathisants devant sa maison, le 7 février 2006

Lors de ses meetings pendant ces périodes de campagne, Idy2024 ne cesse de répéter que le pays est dans l’urgence. Cette urgence ne permet pas, selon lui, de confier le Sénégal à un « nouveau venu », afin d’éviter le chaos.

Dans sa tournée dans la région de Dakar ce dimanche 17 mars, il a réitéré cet appel. Que ce soient Tivaouane Peuhl, à Pikine, à Guédiawaye, il a demandé au peuple de faire échec aux fossoyeurs de la démocratie sénégalaise.

« La contribution de tous pour l’émergence du Sénégal est devenue une urgence pour que le Sénégal ne tombe pas dans le chaos », a-t-il indiqué lors d’un meeting au terrain Acapes des Parcelles Assainies, une banlieue de Dakar.

Le Sénégal étant à un tournant historique de sa vie politique, économique et social, selon lui, « il nous faut un homme compétent avec un vécu pour qu’une fois à la tête de la magistrature suprême, il déroule directement son programme ».

Son premier chantier, une fois à la présidence de la République, sera d’alléger le poids qui pèse sur les ménages et de trouver un programme qui permet de diminuer les factures, la location, etc. afin de donner un mieux-être aux Sénégalais qui n’ont que trop souffert ces dernières années de la cherté de la vie. Ce sera le moment de retrousser les manches et de travailler pour le rayonnement du Sénégal, a-t-il dit.

Isidore Kouwonou,

BBC Afrique

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