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LA VIOLATION DE L’ESPACE PUBLIC

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Se taire quand il ne faut pas parler. Parler quand il faut rompre le silence. Les hommes et femmes politiques sénégalais savent-ils seulement que le silence est d’or et que la parole est d’argent ! Si ce n’était que des paroles, passe encore. Nos politiques s’écoutent-ils vraiment parler ? Et le soir venu, une fois à la maison, leur arrivent-ils de regarder leurs enfants les yeux dans les yeux après tant d’insanités déversées dans la rue ? Et nous voulons que nos enfants soient bien éduqués ! C’est assurément impossible quand des adultes manquent tant de discipline.
De nos temps, les politiciens et politiciennes n’ont que la menace et l’injure à la bouche. Pourtant, même dans l’invective on peut faire preuve d’élégance. Le Sénégal d’aujourd’hui est bien loin de l’époque où la politique était une affaire de gentlemen.

Toujours en vacances du pays, qui est d’ailleurs le cadet de leurs soucis, les acteurs politiques font montre d’un génie insoupçonné quand il s’agit de gérer leur agenda personnel. Ils ne sortent du bois, comme nous le constatons, qu’à la veille des élections. Chez eux, tout se résume à la question électorale. Parrainage, fichier, Cena, contestations, contentieux, fraude… Le débat ne tourne qu’autour de ces seuls sujets imposés à l’opinion à longueur de journée comme si l’avenir du Sénégal en dépendait. Or la vérité est que d’élection en élection la démocratie sénégalaise révèle qu’elle porte en son sein et depuis longtemps, les gènes de la transparence. Une alternance une fois, ce pourrait être un accident. Mais deux fois, cela devient une norme. Une troisième alternance interviendra nécessairement un jour. Même la probabilité d’une cohabitation est agitée mais cette perspective se prépare. Notre système électoral est donc fiable et notre démocratie bien ancrée.
Le pays gagnerait beaucoup à dépassionner le débat sur les questions électorales. Elles sont importantes, sans être essentielles. L’énergie de la désescalade serait ainsi utilisée pour trouver des solutions aux préoccupations vitales : l’eau et l’électricité pour tous et à moindre coût. Parlant du liquide précieux, il est heureux de voir l’Etat et la Ville de Dakar… se disputer sur leurs rôles respectifs dans l’organisation du 9ème Forum mondial de l’Eau qu’accueille le Sénégal. Une bonne querelle à condition qu’elle ne se transforme pas en une querelle de borne fontaine. Les populations sénégalaises seraient heureuses d’entendre ceux qui sollicitent leurs suffrages, gouvernants et opposants, s’exprimer sur les sujets cruciaux de l’éducation, la santé, la culture, l’économie et j’en passe ! En ces temps de menaces et de périls de toutes sortes, se préoccuper, quand on est un homme ou une femme politique, de la place et de l’influence du Sénégal dans le monde, ne serait pas de la fantaisie. N’est-ce pas que la famine, liée à une pénurie alimentaire, guette avec les conséquences fâcheuses de la guerre en Ukraine sur les prix des produits de première nécessité. « Avec la guerre, comprenez le conflit russo-ukrainien, on ne peut exclure un retour des émeutes de la faim », prévient Macky Sall en sa double qualité de Président du Sénégal et de l’Union africaine. Un avertissement de taille qui interpelle le chef de l’Etat au premier chef dans sa responsabilité première d’orienter le pays vers des lendemains sereins.
L’agitation débordante des politiciens et même des avocats n’a pas lieu d’être. A condition qu’ils écoutent avec la tête et non avec le cœur les mots pleins de sérénité de l’Union des magistrats du Sénégal : « Un magistrat, c’est son dossier et rien d’autre et le procès pénal a ses principes que sont, la poursuite, l’instruction et le jugement, trois juridictions indépendantes de la chaîne pénale jouissant d’une autonomie de décisions. Et comme dans tout procès, la présumée victime dénoncera des faits, le ministère public requerra à charge ou décharge, le juge d’instruction instruira à charge ou décharge, le tribunal prononcera une culpabilité ou une relaxe, et la défense se défendra à toutes les étapes de la procédure. »
S’ils refusent d’écouter cette sagesse, il faudra alors changer la classe politique à défaut de pouvoir changer de classe politique.

       

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